Lettre au Président Macky Sall : Engagements du Sénégal au sommet du Secrétaire Général des Nations Unies sur le climat

Le 23 septembre prochain, vous êtes convié par le Secrétaire Général des Nations Unies à New York, pour réaffirmer votre engagement à lutter contre le changement climatique.

La crise climatique s’accélère. Elle affecte nos ressources agricoles, halieutiques, hydriques. Elle freine notre développement et coûte de plus en plus cher à nos économies et nos populations. Au même moment, les Etats responsables tournent le dos aux victimes du changement climatique et leur inaction place la planète sur une trajectoire de réchauffement de 3 à 4°C d’ici la fin du siècle. Le continent africain ne peut pas se permettre d’en arriver là, puisque de vastes régions du continent seront invivables.

Le Sénégal a un rôle éminent à jouer, car il assure la présidence du comité d’orientation des Chefs d’Etats et de gouvernements du NEPAD, et joue un rôle stratégique au sein de l’Union Africaine. Son leadership est attendu à la fois par la société civile africaine, mais aussi par l’ensemble du continent qui souffre déjà grandement des effets néfastes du changement climatique.

Monsieur le Président de la République, la situation est inquiétante et le temps joue contre nous. Si nous apprécions les efforts entrepris au fil des décennies par les Chefs d’Etats africains et depuis la Conférence de Paris sur le climat tenue en 2015, nous, organisations de la société civile africaine, estimons que beaucoup reste à faire pour assurer la justice climatique. C’est pour cela qu’il nous faut travailler davantage pour rendre la voix africaine plus audible et rehausser l’ambition climatique internationale.

A New York, votre engagement et votre détermination sont attendus pour rappeler que climat et développement sont deux enjeux indissociables. Il n’est pas possible de réussir le développement sans la prise en compte des enjeux climatiques et énergétiques. A l’inverse, il n’est pas possible de lutter contre le changement climatique sans relever en même temps le défi de la lutte contre la pauvreté et d’une prospérité partagée.

Nous souhaitons attirer votre attention sur trois priorités qui doivent, à nos yeux, structurer votre engagement au sommet des Chefs d’Etats du 23 septembre :

 1) La suppression de tout projet de centrale à charbon

La pauvreté et l’insécurité énergétique sont endémiques en Afrique. Aujourd’hui, des centaines de millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à l’électricité. L’instabilité et l’insuffisance de la production électrique ou énergétique affectent la croissance économique et amènent les Etats à recourir à de fausses solutions comme le charbon qui est l’énergie fossile la plus émettrice de gaz à effet de serre au niveau mondial, et qui va devenir de plus en plus chère au fur et à mesure que les ressources fossiles se raréfient et que la consommation augmente.

2) La promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique comme solutions au changement climatique

Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) l’a rappelé dans son dernier rapport : il faut des objectifs ambitieux de réduction des émissions de GES. De leur côté, l’Organisation des Nations Unies pour l’environnement (ONU Environnement) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont identifié les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique comme les principaux leviers de réduction des émissions de GES. Des alternatives renouvelables et performantes qui pourraient permettre aux populations les plus démunies et les plus marginalisées de répondre durablement à leurs besoins énergétiques.

Monsieur le Président de la République, l’Afrique, à travers vous, peut donner l’exemple en faisant le choix des énergies économes, renouvelables et sobres en carbone dans le processus de mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable (ODD) et dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. Le Plan Sénégal Emergent (PSE) dans sa mise en œuvre devrait épouser les contours de changement des paradigmes économiques (cf. Agenda 2030), en s’inscrivant dans un processus de décarbonisation progressif de l’économie, mais également prendre en compte les engagements du Sénégal contenus dans sa contribution nationale déterminée ( CDN).

Ce sera également l’occasion d’appeler les pays développés à une réorientation de l’Aide Publique au Développement en faveur des énergies renouvelables, en appelant également à la mise à disposition de financements internationaux publics et additionnels pour enclencher cette transition. Ce sommet éminemment politique du Secrétaire Général des Nations Unies est une tribune propice pour faire ce plaidoyer.

3) Réaffirmer que l’adaptation reste la priorité pour l’Afrique et que nous avons besoin de plus de financements publics et additionnels  

ONU-Environnement (PNUE) souligne que les coûts pour l’adaptation pourraient atteindre 350 milliards de dollars par an d’ici 2070, et que des financements supplémentaires consacrés à l’adaptation au changement climatique sont impératifs pour limiter les préjudices et construire la résilience. Les coûts pour l’adaptation au changement climatique de l’Afrique sont déjà de l’ordre de 7 à 15 milliards par an d’ici 2020, ces coûts augmenteront de façon très rapide après 2020, dans la mesure où de plus hauts niveaux de réchauffement auront des impacts plus importants. Il urge alors, d’annoncer lors du Sommet que l’Afrique a besoin de plus de financements additionnels et publics, appeler également à accroitre les financements et à fixer un objectif plus ambitieux et chiffré sur la table pour donner de la prévisibilité aux pays qui vont devoir planifier des programmes d’adaptation. Cela donnerait une nouvelle dynamique dans la mise en œuvre de l’accord de Paris.

Monsieur le Président de la République, le Sommet climat de New York constitue un tournant politique historique pour l’Afrique dans le processus de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le continent se doit de porter un message clair sur comment le paysage climatique doit être transformé, au moment où partout dans le monde, la jeunesse se mobilise et s’engage pour l’avenir de la planète, leur avenir.

Notre priorité absolue doit être de pousser à des financements additionnels et publics nécessaires pour limiter la hausse des températures en-deçà de 2°C pour un développement sobre en carbone et résilient aux changements climatiques permettant de renforcer la résilience des communautés.

Chaque opportunité politique ratée nous expose un peu plus, et en particulier les populations les plus vulnérables, aux effets dévastateurs du changement climatique. L’inaction coûtera bien plus cher : en vies et en dommages matériels.

En vous remerciant par avance pour l’attention que vous porterez à ces demandes, nous vous prions, Monsieur le Président de la République, de bien vouloir accepter l’expression de notre plus haute considération.

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